Chapitre 35
Chapitre 34
D’après Alex, il reste
deux plongées à faire pour avoir tout explorer. La caisse devrait sortir de
l’eau aujourd’hui sinon d’autres complications se profilent à
l’horizon. C’est donc un nouveau départ plein d’espoir, à l’aube, pour
l’îlot Orquilla. La routine s’installe. Pendant les deux plongées, la
première effectuée par Béa et Dom et la deuxième par Béa et Patrick, tout
le reste de la zone où se trouve encore de nombreux débris du Bertram et de
l’épave du bateau de pêche elle aussi éparpillée, sera scrutée sans
succès. C’est encore la déception.
De retour à South Bay les vidéos sont
visionnées. En les regardant toutes à la suite, il s’avère que la totalité
de la scène a été comme scannée et qu’il n’y a aucune trace de l’objet
recherché. Murielle en a donné une description assez précise : sombre,
allongée, d’une longueur d’environ cinquante centimètres et d’une
section d’environ trente par trente centimètres. À la façon dont les hommes
la tenaient, il y aurait une poignée en corde à chaque extrémité. C’est
déjà bien mais elle n’a pas pu voir ni la couleur, ni en quel matériau elle
est, ni si elle porte des inscriptions.
— Je suis pourtant sûr
qu’elle est là, réfléchit Alex à haute voix. J’ai tout repris plusieurs
fois dans tous les sens et Raymond aussi. On a pu se faire une idée de la
justesse des données que nous a fournies Murielle et de la précision de sa
mémoire. On ne peut pas les mettre en doute puisqu’elles nous ont amenés
exactement sur la position des épaves. On en arrive tous les deux toujours à
la même conclusion. La caisse est là et pas ailleurs. Et si on ne la voit pas,
c’est qu’elle est sous un des morceaux de bateau. Déplacer un bateau à
terre est déjà un problème, alors sous l’eau…
— Pas forcement, l’arrête Dom, on a à
bord deux ballons de levage capables de lever chacun cinq cents kilos. On peut
les utiliser pour déplacer les épaves et regarder dessous. On n’a pas besoin
de les hisser jusqu’à la surface comme s’il s’agissait de renflouer un
bateau mais juste de les soulever un peu, de les laisser dériver avec le
courant ou en tirant dessus avec le zodiac ensuite on ouvre la soupape du
ballon, l’épave se repose au fond un peu plus loin et on descend voir.
C’est impressionnant mais sans danger puisqu’on est toujours au-dessus de la
charge. En Tunisie j’ai envoyé en l’air des paniers de corail qui devaient
bien contenir cinq cents kilos et en plus pendant que le panier montait
j’étais en-dessous pour en remplir un autre.
— Oui mais toi, tu es un
fêlé.
— Peut être à l’époque, mais depuis je me suis bien calmé
et là justement il n’y a pas de risque. On veut juste lever la pièce d’un
mètre pour pouvoir la déplacer. Il n’y a pas le risque de voir éclater un
ballon ce qui peut arriver quand on veut remonter une charge lourde d’une
grande profondeur jusqu’à la surface.
— Pour l’étrave, d’accord.
Je conçois que cela soit possible. On peut la lever un peu ou simplement la
déséquilibrer pour la basculer de l’autre côté. Pour l’arrière, je suis
déjà plus sceptique car c’est un gros morceau de coque. Quant à la partie
centrale, tu as vu la taille des moteurs ? Qu’est-ce que tu vas faire avec
tes ballons ?
— Avant de s’attaquer au plus gros, on
pourrait commencer par les autres. Pourquoi veux-tu absolument que la caisse
soit sous les moteurs ? Si c’est le cas, on avisera.
— Bon la
plongée c’est ta partie. Comment tu le sens ?
— Je le sens plutôt
bien. Commençons par l’étrave. Tu as vu sur les images, les taquets
d’amarrage sont accessibles. On descend amarrer une aussière avec une bouée
en surface au taquet du bord sur lequel est couché le morceau de bateau. Cela
ne prendra que quelques minutes au fond. Je pourrais même faire ça seul en
apnée.
— J’aime autant pas !
— Bon, bon. Ensuite je fais un
nœud de plein poing à cinq mètres de profondeur, j’y amarre un ballon. Il
n’y a plus qu’à le gonfler en y mettant le détendeur dessous ou à partir
d’un narguilé relié à une bouteille dans le zodiac, si je veux garder mon
air. Dans le cas où la charge n’est pas trop lourde, ce qu’on verra puisque
le ballon va monter en surface, on peut alors la laisser dériver ou la pousser
et il n’y a plus qu’à ouvrir la soupape pour la reposer. Si le ballon ne
monte pas, ce qui signifie que la charge est trop lourde, on peut essayer de la
basculer de l’autre côté en tirant dans le bon sens puis en la reposant. Si
besoin on rajoute le deuxième ballon. Il n’y a plus qu’à aller chercher la
caisse si elle est là. Le regard d’Alex va de Dom à Béa.
— Vous pouvez faire ça demain ?
— Bien sûr. On pourrait plonger à trois. Patrick pourrait s’occuper des
ballons comme ça Béa et moi on travaille au fond, on fait des allers-retours
si besoin, éventuellement un de nous deux reste au milieu comme ça on fait une
chaîne où on se voit tous les trois. Vu la profondeur, ça va aller.
Nina fait un bond.
— Ça veut dire qu’un de vous sera seul à plus
de vingt-cinq mètres. Ce n’est pas ce qui était prévu.
— Mais non.
La plongée en binôme, c’est que les plongeurs restent à portée de vue
l’un de l’autre, pas forcement qu’ils se tiennent par la main. Si un
plongeur est à vingt-cinq mètres et l’autre à quinze ils se voient et
quelques secondes suffisent à l’un pour aller aider l’autre, d’autant que
dans ce cas précis, il s’agît de travailler le long d’une corde sans
s’en éloigner. En plus il n’y aura peut-être même pas besoin de faire
tout ça.
Alex précise un point :
— S’il te
plaît au lieu de faire un nœud de plein poing au milieu de l’aussière,
prends cinq minutes pour faire une dizaine de demi-clés autour avec un bout de
quinze parce que ton nœud, on n'arrivera jamais à le défaire.
— Si tu
veux oui, tu as raison. Faudra essayer de ne rien oublier.
— Autre
chose. Au sujet du contenu du téléphone qu’a trouvé Dom. Sans avoir
vraiment tout analysé en détail, je peux vous dire qu’entre les photos
personnelles de ce pauvre type avec sa femme et ses enfants qui ne le reverront
jamais, on trouve pas mal de photos du bateau de pêche qu’ils ont mis au
fond. Je ne sais pas encore quoi en conclure, mais visiblement ce bateau n’a
pas été attaqué par hasard. C’est bien lui qui était visé. Pourquoi ?
Nous verrons. Mais on peut penser que les gens du Bertram savaient que l’or
était sur ce bateau.
Alex appelle Raymond pour le tenir au courant de
leur déconvenue d’aujourd’hui et de leur projet du lendemain. Il leur
conseille simplement d’être prudents et leur souhaite bonne chance. Et quand
Alex lui parle des photos du bateau de pêche dans le téléphone, Raymond
répond :
— Hum, hum ! Pas bon ça, pas bon. Cela veut dire qu’il
peut y avoir encore des gens qui savent que la caisse d’or est passée dans le
coin. Ne traînez pas trop.
Raymond percute vite.