Chapitre 33
Chapitre 33
Grâce à la diplomatie et
à la carte de presse de Patrick, le Sirius a maintenant le droit de séjourner
légalement au Venezuela. Murielle regarde ce sésame bien protégé dans un
étui en plastique avec même un anneau pour se l’accrocher au cou :
— C’est super ton truc, c’est mieux qu’une carte de police et en plus
ça marche partout. Tu peux rentrer gratuitement dans les concerts avec
ça ?
— C’est pas si simple, mais c’est vrai que ça ouvre pas mal
de portes.
Alex regarde le bâtiment militaire s’éloigner :
—
Il va quand même falloir attendre qu’il s’en aille avant de reprendre nos
activités. Imaginez qu’on ait été là-bas quand il est arrivé. L’îlot
Orquilla n’est pas spécialement connu pour sa barrière de corail.
—
Pourquoi ? C’était plausible. Et du corail, j’en ai quand même vu du
joli.
— Ah bon, alors c’est bien, mais
j’aimerais mieux qu’il parte. Je serais plus tranquille.
Alex regarde
le radar. Pour l’instant, il voit le bâtiment qui renvoie un gros écho bien
visible. Il n’a évidemment pas de transpondeur comme c’est souvent le cas
des militaires qui ne jugent pas utile de s’annoncer. Compte tenu de la
hauteur du bâtiment et de celle de l’antenne du Sirius, Alex pense pouvoir le
suivre quelque temps même lorsqu’il aura passé la pointe. Quant à se cacher
d’un bateau comme celui-là, il ne faut pas y compter. Ils ont des radars
tellement puissants et performants que même sans réflecteur, ils doivent voir
un bateau comme le Sirius à vingt miles. Pour l’instant il s’éloigne vers
l’est en longeant la côte. Alex aimerait bien le voir tourner vers le nord,
signe qu’il se contenterait de faire le tour de La Blanquilla sans
s’intéresser au groupe d’îlots Los Hermanos. Ce serait ennuyeux qu’ils
trouvent le pare-battage qui marque le mouillage et la bouée du lieu de
plongée. En fait, il n’est pas trop inquiet et pense qu’il s’agit
simplement d’une visite périodique de surveillance. Ce bateau vient sans
doute de Puerto La Cruz, fait sa tournée à vitesse réduite et y retourne ce
qui évite d’avoir à entretenir des petites bases dans chacune des îles,
participe à l’entraînement et montre une présence militaire sur la zone
d’où la taille du bâtiment utilisé. Tout l’équipage suit le point sur le
radar qui malheureusement disparaît bien avant d’arriver à Punta Cabecera.
L’antenne n’est pas assez haute pour que le faisceau passe au-dessus de
l’île.
— Levons l’ancre, propose Nina, on verra
bien où il va et si besoin, on revient. Ils ne sont visiblement pas mal
intentionnés vis à vis de nous, profitons-en.
— Tu as raison,
d’accord.
L’ancre est levée et le Sirius repend sa route habituelle
avec une surveillance accrue du radar. Arrivé à Punta Cabecera, le navire
réapparaît aussi bien sur le radar qu’à l’œil. Il longe la côte est de
l’île en direction du nord en avançant à quatre nœuds ce qui est très
lent pour un bâtiment de cette taille. On imagine bien l’équipage en train
de regarder la côte aux jumelles à la recherche du moindre détail. À cette
vitesse, il en a pour deux heures à faire le tour de l’île puis repartir
vers l’ouest. Alex préfère faire demi-tour.
— On attend deux heures
et on repart. Si arrivé à l’est de La Blanquilla, on ne le voit plus,
c’est qu’il est parti vers l’ouest. Il aura probablement accéléré et
sera loin.
Plutôt que de rentrer à South Bay, le Sirius va rester à la
cape au sud de l’île puis reprendre sa route vers l’îlot Orquilla car le
bateau militaire n’est plus en vue.
Dom et Béa vont descendre et comme
aujourd’hui il n’y aura qu’une plongée, Patrick se propose d’attendre
dans le zodiac. Il ne doit pas craindre de se faire secouer pendant une heure en
plein soleil. Béa a la GoPro sur la tête car l’équipe a pris goût à la
petite projection du soir. Si en plus on pouvait y découvrir la caisse…
Béa et Dom vont parcourir la zone un peu plus
loin où là aussi le fond est jonché de débris de bateau avec en plus les
deux grosses structures que sont la partie arrière du pont et le fond de la
moitié arrière de la coque sur laquelle se trouvent les deux imposants moteurs
jusqu’aux hélices qui doivent être enfouies dans le sable. Tous les deux se
disent : pourvu que la caisse ne soit pas la-dessous. Alex et Raymond leur ont
fait peur en pensant que ce bateau a très bien pu tomber sur ce qu’ils
cherchent d’autant que jusqu’à présent ils ne se sont pas trop trompés.
Si pour une fois ils pouvaient avoir tort ces deux-là ! Car bien sûr, après
avoir tout remué, déplacé ce qui pouvait l’être, aucune caisse n’est en
vue. En fin de plongée, Dom bouge un bloc d’aménagement éclaté et voit
tomber une sacoche en cuir comme un porte-document ou un cartable d’élève.
Pris d’une envie de ramener un souvenir, il prend la sacoche par la poignée
et continue ses recherches avec son butin à la main. Béa rit dans son masque
et se dit qu’au moins ce soir il y aura quelque chose de rigolo à montrer aux
copains. Ils remontent et pendant le palier, Béa s’intéresse au cartable de
Dom et veut le toucher. Dom le serre dans ses bras et regarde Béa d’un air de
dire :
— Non, c’est à moi.
Il n’y a pas de contre-indication à
prendre un fou rire en palier à trois mètres et Béa va émettre de drôles de
bulles. Ces deux-là se connaissent tellement bien qu’ils sont capables de
tenir une véritable conversation sous l’eau. En plus des signes traditionnels
que les plongeurs connaissent parfaitement, ils ont progressivement développé
un langage des signes adapté à leurs besoins qu’ils utilisent beaucoup.
Béa sort de l’eau, suivie de Dom avec son cartable à la main qui a
soudain l’air assez lourd.
— Qu’est-ce que tu as trouvé, demande
Patrick, c’est pas une caisse ?
— Non c’est pas une caisse mais
j’ai trouvé cette sacoche et j’ai eu envie de la ramener. Je ne sais pas ce
qu’il y a dedans. C’est une surprise.
— Ah bon !
Patrick les
ramène au bateau et l’équipe se retrouve dans le cockpit.
Béa
s’impatiente :
— Alors tu l’ouvres ton truc.
Dom détache les
boucles de la sacoche. Le premier objet qui apparaît et qui est certainement la
raison de son poids est un gros flingue noir.
— Encore une arme !
— Tiens j’avais le même, dit Murielle. Euh… enfin presque. Pas aussi
gros en fait. Il doit pouvoir faire des sacrés trous celui-là.
— Tu as autre chose ?
— Un carnet,
deux passeports, un téléphone et quelques papiers. Ah, il y a aussi un
portefeuille.
Béa prend le carnet.
— Si on veut pouvoir le lire,
il faut le remettre dans de l’eau avant qu’il sèche. Puis séparer les
pages toujours dans l’eau et les faire sécher séparément après. Pareil
pour les papiers. Le téléphone ne risque pas de fonctionner et de toute façon
il n’y a pas de réseau ici. Qu’est-ce qu’il y a dans le
portefeuille ?
— Pas mal de fric. En dollar. C’est pas le bolivar la
monnaie du Venezuela ?
— À force de dévaluer, intervient Patrick, il
faut des millions de bolivars pour faire ses courses, le dollar est donc de plus
en plus utilisé. Tu as combien ?
— Six cent quarante. On peut toujours
les faire sécher.
Alex prend le téléphone :
— Si vous voulez
mon avis, le plus intéressant, c’est le téléphone. De nos jours on trouve
plus de choses dans le téléphone de quelqu’un que dans son portefeuille. On
ne pourra sans doute jamais le rallumer surtout s’il était en marche quand il
est tombé à l’eau. Par contre, si comme c’est presque toujours le cas, il
dispose d’une carte mémoire qui n’a pas été chiffrée et que les photos
et autres documents sont enregistrés par défaut sur cette carte, il suffit de
l’extraire et de la lire sur n’importe quel ordinateur. On pourra
récupérer tout ce qui est sur cette carte.
Alex a déjà ouvert le fond du téléphone
et extrait la batterie. Il enlève la carte SIM puis la petite carte au format
Micro SD. Il rince les deux cartes à l’eau douce, les essuie puis les met à
sécher au soleil quelques minutes. Il insère ensuite la carte Micro SD sèche
dans un support. Il n’est pas envisageable pour Alex de brancher un support de
mémoire qu’il ne connaît pas sur l’ordinateur du bateau ni même sur
l’ordinateur de secours. Il va chercher un petit ordinateur dans un placard du
carré et le ramène, y introduit la carte, attend quelques secondes et une
fenêtre d’exploration s’ouvre avec tous les dossiers. Tout est accessible,
photos, vidéos, documents et peut être même plus.
— Bon, c’est OK,
on verra cela au calme. Lorsque nous serons dans une zone couverte, la carte SIM
permettra éventuellement de consulter la messagerie.
Murielle est
étonnée :
— Il y a des gens qui se prennent pour des dieux parce
qu’ils ont réussi à faire ça sur le téléphone de quelqu’un et ils en
font tout un plat. Tu le donnes à Alex, il le fait en cinq minutes dans le
cockpit de son bateau. Tu peux dire ce que tu veux, on n’est pas tous
égaux.
— En même temps on s’en fout de ce qu’il y a dans ce
téléphone. Ce n’est pas lui qui va nous dire où est la caisse. Mais bon, on
ne sait jamais. Tu as bien fait de ramener la sacoche mais tu aurais pu laisser
le flingue en bas.
Alex le prend du bout des doigts et demande à
Patrick s’il est chargé.
— Non il n’est pas chargé, qu’est-ce
qu’on en fait, tu veux le garder en souvenir ?
— Non
Plouf !
Et le bateau rentre à South Bay en regonflant ses bouteilles
comme d’habitude. La caisse n’est toujours pas à bord mais ils se sont
quand même enrichis de six cent quarante dollars. Pendant la soirée, les
vidéos sont visionnées. En dehors du côté cocasse de Dom rentant du travail
avec sa serviette à la main, elles n’apportent rien de plus. Patrick a
cependant archivé toutes les vidéos ramenées des plongées. Elles peuvent
être utiles. L’analyse des documents du téléphone est remise à plus
tard.