Chapitre 28
Karine et Meldreg sont restés une semaine
chez leurs nouveaux amis, qui les ont emmenés avec leur bateau jeter l'ancre
devant les magnifiques plages de Saint-Anne et des Anses-d'Arlet. Ils ont fait
un peu de plongée avec Dom et ses stagiaires sur des tombants spectaculaires.
Nina et Alex leur ont fait visiter l'intérieur de la Martinique, jusqu'aux
paysages sauvages du nord de l'île : la route de la Trace, les pitons du
Carbet, la presqu'île de la Caravelle, et le tombolo de Sainte-Marie. Ils leur
ont fait découvrir la cuisine créole, et ils ont pu apprécier la gentillesse
des Martiniquais. Il va leur paraître difficile maintenant de croiser quelqu'un
dans la rue sans le saluer ou au moins échanger un sourire, rentrer dans un
magasin sans dire un grand bonjour jusqu'à midi ou bonsoir ensuite, auquel tout
le monde répondra en chœur. Ce qui, ici, paraît naturel mais est
complètement méconnu en Métropole. Une semaine tranquille de détente pour
les reposer de ce qu’ils viennent de vivre.
Ils sont conscients d'être passés très
près de la mort, mais petit à petit, ce mauvais moment s'éloigne. Leurs
nouveaux amis ont tout fait pour qu'ils oublient cette mésaventure. Béa est
même allée demander des conseils au psychiatre qui habite en dessous de chez
Pascale. Elle avait peur qu'il se moque d'elle, mais il n'a pas trouvé la
démarche incongrue et lui a donné quelques idées. Il suffit parfois de peu de
choses pour surmonter un traumatisme ou le transformer en un handicap. Il aurait
été dommage, par exemple, que le souvenir de ce qu'ils viennent de vivre se
traduise par une peur incontrôlable de la mer.
Karine s’est bien
remise. Des examens ont confirmé que ses reins ne sont pas abîmés. Elle doit
le fait qu'elle ne gardera pas de séquelles à sa jeunesse et à son bon état
de santé lorsqu'elle est arrivée en Martinique. Et le moment de rejoindre leur
vie à Strasbourg est venu. Hervé leur a procuré des billets sur un vol
qu’il pilote lui-même et a réussi à les surclasser. Presque tous les
accompagnent à l'aéroport pour leur dire au revoir, car c'est sûr, ils se
reverront. Une pareille aventure crée des liens que huit mille kilomètres ne
parviendront pas à rompre. Seul Patrick n’est pas là. Parti faire une
enquête au Brésil et à Trinidad, il les appelle juste un peu avant
l’embarquement.
Comme elle le lui avait demandé, Alex a
installé un système d'alarme sur le bateau de Pascale. Elle peut maintenant le
surveiller à distance, allumer les lumières, voir si les batteries sont
chargées, vérifier qu'il n'y ait pas d'eau dans la cale, avoir une vue globale
du pont depuis l'arrière jusqu'à l'étrave et même dans le carré. Alex l’a
gâtée avec une belle installation. Si maintenant quelqu'un touchait à l'Ombre
Blanche, il déclencherait des sirènes, cornes de brume et tout ce qui peut
faire du bruit dans le voisinage, provoquerait la diffusion de messages
dissuasifs puissants dans les haut-parleurs du cockpit, allumerait les
lumières, prendrait l'intrus en photo et appellerait son téléphone, celui
d'Hervé sauf quand il est en vol, Alex, Nina, Dom sauf quand il est sous l'eau,
Béa, Patrick et Murielle. Vu l’ampleur du dispositif, Alex lui a fait
promettre d’être extrêmement prudente et de ne pas déclencher de fausse
alerte.
Dès qu'elle ne voit plus son bateau, elle est
scotchée à son téléphone et le surveille, ce qui inquiète un peu Alex. Mais
elle lui répond de ne pas se faire de souci pour elle, que ça va passer et
qu'il ne faut pas brusquer les choses. Pascale est une personne sensible, un peu
fragile, et elle a très mal vécu ce qui lui est arrivé. Elle a vraiment
besoin de ses amis, d'autant qu'Hervé est souvent absent. Elle a été choquée
non seulement par le fait qu'on lui ait volé son bateau, mais aussi par le
drame qui s'y est déroulé, ayant eu pour conséquence que deux personnes ont
failli mourir et qu'un homme est effectivement mort, même si c'est lui le
responsable de ce qui s'est produit.