Chapitre 26
Hervé reçoit une nouvelle convocation chez
le commissaire, mais cette fois pour lui et Alex en même temps. Nouveau
branle-bas de combat chez Pascale pour la retransmission de la conversation sur
son ordinateur et nouvelle promesse d'Alex de ne pas s'énerver.
— Il
n’y a pas à s’inquiéter, dit-il. Cette convocation est sans doute assez
informelle puisqu’il a appelé seulement Hervé pour nous deux. Je ne pense
pas que l'on ait droit aux menottes encore cette fois-ci. Ensuite, le ton était
plus courtois. Je crois que c’est une simple communication. Il pense
peut-être nous apprendre quelque chose que l’on ne sait pas encore. On va
bien voir.
Alex et Hervé se rendent donc chez le commissaire, qui les
accueille plutôt chaleureusement :
— Merci de vous être dérangés.
— Ah bon, on avait le choix ? pense Alex. Ça, c'est nouveau, mais au
moins ça s'engage bien.
— Voilà, l'enquête est terminée, nous avons
résolu l'affaire.
Nous aussi, se dit Alex, mais il y a
longtemps. Il fallait demander à Patrick.
— Vous avez peut-être
entendu dire qu'un bateau chargé d'une grosse quantité de drogue en provenance
de Colombie avait été récemment arraisonné au sud de la République
dominicaine par les gardes-côtes américains.
Hervé et Alex, qui ne
s'intéressent pas particulièrement à ce genre d'actualité, ne répondent
rien et prennent la nouvelle telle quelle.
— Nous savons que le bateau
de plaisance utilisé pour le convoyage vers les États-Unis avait fait
l’objet d’une commande. En fait, celui qui était prévu pour être utilisé
était le vôtre, monsieur Sébastien. Mais la livraison n'ayant pu se faire
pour les raisons que vous connaissez, les convoyeurs ont dû se rabattre sur un
autre bateau que, malheureusement pour eux, les gardes-côtes américains
surveillaient déjà. La personne qui a volé votre bateau était un individu de
nationalité mexicaine du nom de Diego Siqueiros, déjà sous mandat de
recherche international depuis plusieurs années pour des affaires de trafic de
marchandises illicites, et qui avait reçu la commande de trouver un bateau pour
cette livraison. Cette personne est depuis portée disparue. Grâce à vos
témoignages, à celui de Monsieur Meldreg Quemener et aux indices relevés sur
votre bateau, Monsieur Sébastien, nous en sommes arrivés à la conclusion
qu'il s'est noyé après avoir abandonné en mer les deux personnes que vous,
Monsieur Delors, et votre équipage avez sauvées. Donc, pour nous l’affaire
est classée.
En le félicitant pour son efficacité et en
se retenant d'éclater de rire, Alex et Hervé prennent congé du commissaire
Lebeau et rentrent retrouver leurs amis, qui eux aussi se sont bien amusés.
Au fond, tout le monde se moque du sort de Roberto Buarque dont il ne doit,
à l'heure qu'il est, rien rester. Le plus important pour le commissaire était
de trouver quelque chose de cohérent pour faire un beau rapport et boucler
cette affaire qui ne le concerne pas vraiment, puisqu'elle s'est déroulée en
haute mer, en dehors des eaux territoriales. Au fond, il ne s’agit pour lui
que du vol d’un bateau de plaisance qui a finalement été retrouvé par son
propriétaire avec l’aide de ses copains. Qu’un citoyen mexicain ait perdu
la vie au milieu de la mer des Caraïbes ne relève pas de son secteur. Dans
tous les cas, que la personne tombée de l'Ombre Blanche après avoir abandonné
Karine et Meldreg en mer s'appelle Diego Siqueiros ou Roberto Buarque ne change
strictement rien tant qu'aucun des deux ne réapparaisse, ce qui est peu
probable.
Les seules questions restées pour l'instant
sans réponse sont : que faisait Roberto Buarque ? Où allait-il et pourquoi ?
Et ce n'est pas le commissaire Lebeau qui va y répondre.
Bien sûr, ni
Alex ni Hervé n'ont cru une seule seconde à l'histoire du commissaire. Mais y
croit-il lui-même ? Patrick a démontré que celui qui a volé l'Ombre Blanche
était bien Roberto Buarque. D'autre part, il ne se dirigeait pas du tout vers
la Colombie, mais vers le nord de la mer des Caraïbes. S'il y a une chose de
certaine, c'est qu'il n'a rien à voir avec l'affaire dont vient de parler le
commissaire Lebeau. De toute façon, il est probable que l'on en sache bientôt
plus, car Patrick continue son enquête de manière active, si l'on se réfère
au nombre d'heures qu'il passe au téléphone avec l'Amérique du Sud.