Chapitre 23
Comme tous les jours, Murielle prend des
nouvelles de Meldreg et de Karine. L’état de santé de Karine s’améliore
lentement mais sûrement. On sait maintenant qu’elle ne gardera pas de
séquelles des traumatismes que son organisme a subis. Elle va prochainement
quitter le service de réanimation.
Meldreg reprend des forces et a
demandé s'il pouvait voir ceux qui l’ont sauvé, et l’infirmière a appelé
Murielle. Ses amis se seraient bien rendus ensemble à l’hôpital, mais à
huit cela ferait peut-être beaucoup. Donc, Alex, Nina, Dom et Béa seulement se
déplacent pour lui rendre visite.
L’infirmière qui les accueille leur
explique qu'il est encore faible et qu’il ne faut pas le fatiguer. Par contre,
son moral est haut car il a eu de bonnes nouvelles de sa copine Karine.
Ils découvrent un jeune homme encore fatigué, mais souriant. Son visage
s’est arrondi. Il ne reconnaît que Béa, car c’est surtout elle qui s’est
occupée de lui à bord. Elle lui présente ses amis.
— Alex lui
demande si la police est déjà passée le voir.
— Non, pour
l’instant je n’ai vu personne.
Ils discutent d’abord de choses et
d’autres, et surtout de la santé de Karine. Il leur demande s’ils ont pu
récupérer le bateau volé et est content d’apprendre qu’il a pu être
ramené à bon port. Meldreg Quemener est effectivement breton, comme son
prénom pouvait le laisser supposer. Il est né à Quiberon, il a vingt-sept ans
et travaille dans l’immobilier. Karine est allemande. Elle est née à
Tübingen, une petite ville universitaire, pas très éloignée de la
frontière. Elle a vingt-quatre ans et, en plus de sa langue natale, parle
parfaitement français et anglais. Elle vient de finir ses études
d’économie. Ils vivent ensemble à Strasbourg depuis trois ans et pensent
monter ensemble une agence immobilière.
— Est-ce que tu pourrais nous
raconter ce qui s'est passé ? lui demande Alex. Et si ça ne t'ennuie pas, je
voudrais enregistrer ton histoire, mais ça restera entre nous. Tu es
d'accord ?
— Oui, pas de problème.
— Vous êtes arrivés en
Martinique pour chercher un embarquement ?
— Oui. Mon CDD se terminait.
Karine venait de finir ses études d’économie. Elle avait hérité d'un peu
d'argent d'un lointain oncle qu'elle connaissait à peine, et avant de se lancer
dans une carrière professionnelle, on s'était dit qu'on pourrait en profiter
un peu. Comme on avait tous les deux navigué sur des voiliers et que Karine
avait même déjà fait une transat de cette manière, on a pensé qu'on
pourrait chercher un bateau en partance pour le Pacifique et qui aurait besoin
d'équipiers. Des amis nous ont dit que ce serait plus facile de partir de la
Martinique. Donc, on a pris une location sur Airbnb et on a mis une annonce à
la marina du Marin. À notre grande surprise, dès le lendemain, Peter nous a
appelés. On s'est rencontrés et il nous a dit qu'il avait besoin d'équipiers,
car il rejoignait sa famille à Tahiti avec son bateau, et il nous l'a montré
depuis la terre en nous disant que le départ était prévu le lendemain soir.
Tu penses bien que même si le départ était un peu précipité, quand on a vu
le bateau et le programme, on n’a pas discuté. Pour nous, c’était un
rêve. On était prêts à tout pour pouvoir embarquer avec lui. Il nous a
donné rendez-vous le lendemain soir vers minuit sur le vieux ponton des
annexes. On a enlevé l’annonce, on a rendu notre location et on s’est rendu
sur le ponton avec nos affaires.
Alex l’interrompt :
— Vous aviez
quoi comme affaires ? Un sac chacun ?
— Oui, des sacs de voyage. Un
chacun. Celui de Karine était bien plus gros que le mien.
— Normal.
Donc, dans vos sacs, vous aviez vos passeports ?
— Oui.
— Vous
aviez des téléphones ?
— Oui, un chacun.
— Des cartes de
crédit ?
— Oui, aussi, une chacun. Vous les avez retrouvées ?
— Non. En fait, on n’a retrouvé aucune trace de vos affaires, ni de votre
présence à bord. Comme si vous n’étiez jamais montés sur le bateau. Et ce
Peter, qu’est-ce qu’il avait comme bagages ?
— Quand on a embarqué,
ses affaires étaient déjà à bord. Il ne transportait rien. Dans sa cabine,
il y avait un gros sac de voyage noir assez classique que je n'ai jamais vu
ouvert.
— Est-ce que ce sac avait l’air plein ?
— Non, pas du
tout. En fait, il ne semblait pas y avoir beaucoup de choses dedans, mais je ne
me suis pas posé de questions là-dessus. On a dû supposer qu’il avait
rangé ses affaires dans les placards. Mais maintenant que tu m’en parles,
oui, c’est bizarre, ce sac à moitié vide qu’il gardait à portée de main.
Il aurait pu le ranger quelque part car ce n’est pas la place qui manque sur
ce voilier.
— Comment êtes-vous montés à bord ?
— On a
embarqué en utilisant un vieux dinghy retourné sur le ponton. Il nous a
expliqué que l’annexe était bien amarrée sur le pont en prévision du
voyage et qu’il était prévu de lâcher cette embarcation destinée à cet
usage, et qui devait dériver dans la mangrove pour être récupérée plus tard
par le prochain qui en aurait besoin. On était tellement heureux qu’on était
prêts à croire n’importe quoi. On ne voulait même pas voir que ce départ
était bizarre à cette heure tardive. Nous avons embarqué sur ce magnifique
bateau et nous nous sommes installés dans la cabine avant. Il a mis le moteur
en route, allumé les feux de navigation et les instruments. Une fois prêts,
nous avons détaché les amarres de la bouée et sommes partis. À ma surprise,
il m'a tout de suite confié la barre pour sortir du Cul-de-sac du Marin et
j'avoue que je n'étais pas trop à l'aise, la nuit, dans ce dédale de cailles
que je ne connaissais pas avec des bateaux partout, mais je me suis concentré
pour bien suivre le balisage. Heureusement, j’avais la carte avec ma position
sur l’écran devant la barre et Karine surveillait tout autour. On arrivait à
peine à croire qu’on partait pour le Pacifique sur ce voilier de rêve et
pourtant, nous étions partis.
Alex l’interrompt :
— C’est lui
qui vous a dit qu’il s’appelait Peter ? Comment était-il ?
—
Assez grand, mince, les cheveux gris courts, la cinquantaine et surtout, il
boitait de façon assez marquée de la jambe droite. Il avait même eu un peu de
peine à monter sur le bateau et j’avais dû l’aider. Il parlait bien
français, mais avec un accent étranger, plutôt espagnol ou portugais. Je ne
sais pas exactement. Il nous a dit que son vrai prénom était Pierre, mais
qu’il s’était toujours fait appeler Peter. Par contre, il n'a pas précisé
son nom et on n'a même pas pensé à lui demander, pas plus que lui,
d'ailleurs, ne nous a posé de questions sur nous.
— OK. Continue.
— Pendant la première nuit, on s'est éloignés de la terre et, au matin,
on était déjà loin au large. La croisière commençait bien, le bateau
avançait toutes voiles dehors. Karine et moi étions aux anges. Peter avait
l'air plutôt sympathique, bien que pas très chaleureux ni expansif, et
semblait content de nous avoir trouvés. Au matin, j'ai voulu faire un bon petit
déjeuner et, comme je ne savais pas trop où étaient rangés les ustensiles,
chaque fois que je lui posais une question, il me répondait quelque chose du
genre « Ça doit être par là, cherche », comme si ce n'était pas lui qui
avait rangé la cuisine. Après tout, ce n’était pas impossible. Au fil de la
journée, on a commencé à trouver certaines choses bizarres. On avait
l’impression qu’il ne connaissait pas bien son bateau. Non seulement il ne
savait pas où se trouvaient les affaires, mais il semblait souvent hésiter sur
ce qu'il faisait. Ce voilier est très sophistiqué et le gros accastillage est
électrique. Les commandes des enrouleurs sont rassemblées sur un tableau à
côté de la barre, et les winchs sont actionnés par de gros boutons situés
sur les hiloires. À chaque fois qu'il voulait toucher à quelque chose, il
était perdu et se trompait souvent. J'avais aussi l'impression qu'en fait, il
ne savait pas naviguer. L'air de rien, dans la discussion, je lui ai demandé
depuis combien de temps il possédait ce bateau, et il m'a répondu depuis six
ans. Comme il a dû se rendre compte que ma question n'était pas si innocente,
il a rajouté qu'il avait toujours eu un équipage à bord pour s'en occuper et
le manœuvrer. Je n'étais pas vraiment convaincu, mais tout allait si bien.
Nous étions en route vers Tahiti sur un magnifique bateau qui marchait à
merveille. Si Peter avait besoin d'un équipage, Karine et moi étions là pour
ça et c'était encore mieux.
— Quand est-ce que tu as commencé à penser
qu’il y avait un problème ?
— Dans la journée, je me suis installé
à la table à cartes devant l'écran du système de navigation qui m'avait
l'air assez sophistiqué et auquel je voulais m'habituer. J'ai alors vu que nous
ne nous dirigions pas vers Panama, mais plutôt en direction du nord de la mer
des Caraïbes. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m'a répondu qu'on lui
avait conseillé cette route plus tranquille, car le vent était fort en cette
saison dans le sud, le long de la côte du Venezuela et de la Colombie. Cela m'a
semblé bizarre. Ensuite, je me suis aperçu que le transpondeur AIS était
éteint. Je le lui ai dit et il m'a répondu qu'il ne fallait surtout pas
l'allumer car il y avait un problème, qu'il envoyait des données erronées,
que c'était dangereux et qu'il devait en récupérer un autre à Panama. Puis
Karine s'est aperçue que le bateau était bien avitaillé, mais qu'il n'y avait
aucun produit frais, pas de fruits, pas de légumes, pas de denrées
périssables dans le frigo. J'ai attendu la nuit et, pendant qu'il dormait, j'ai
commencé à fouiller dans les tiroirs vers la table à cartes et dans le
carré. Je n'ai pas vu les papiers du bateau, et sur chacun des documents que je
trouvais, factures ou autres, figuraient toujours les mêmes noms de Hervé ou
Pascale Sébastien, et parfois Raymond, je ne me rappelle plus comment, mais
jamais de Pierre. Nous avons alors compris que nous étions sur un bateau volé.
C’était trop beau ! Il s’est passé encore une journée pendant laquelle
nous avancions très bien sous pilote automatique. J'ai essayé de discuter avec
lui sans qu'il se doute de mes soupçons, pour avoir des informations, mais il
était très malin et ne lâchait rien. Nous ne savions plus trop quoi faire.
J’ai vu qu’il y avait un téléphone sur le bateau, probablement par
satellite, mais qu’il était éteint. La nuit suivante, j'ai voulu l'allumer,
mais il fallait un code. J'ai pris mon téléphone et j'ai vu qu'il y avait
aussi un réseau Wifi, mais là encore, je n'avais pas le code et je ne l'ai
trouvé nulle part. Alors nous nous sommes dit que le lendemain nous allions
essayer de faire quelque chose pour revenir sur nos pas. La chute était
brutale, mais il nous devenait impossible de faire comme si de rien n'était.
— Karine est allée fouiller dans la pharmacie et a ramené un comprimé de
somnifère que je me suis arrangé à lui faire absorber dans son petit
déjeuner. Une demi-heure après, il est retourné se coucher en me disant qu'il
était fatigué et me confiait le bateau. Nous avons attendu qu'il s'endorme,
puis nous sommes entrés dans la cabine avec un rouleau de scotch d'emballage
que j'avais trouvé dans le coffre à outils, et lui avons sauté dessus.
J’aurais dû doubler la dose car s’il était assoupi, il n’était pas pour
autant anesthésié. Nous avons eu beaucoup de mal à le maîtriser. Il a fallu
pratiquement l’assommer en lui cognant la tête sur le rebord de la couchette
pour pouvoir enfin lui attacher les poignets et les chevilles, puis lui en
mettre aussi un morceau sur la bouche pour ne plus entendre ses insultes et ses
menaces. Karine et moi étions terrorisés par la situation dans laquelle nous
nous trouvions et ce que nous venions de faire. C’était la première fois que
je ligotais quelqu’un. Nous avons fermé la porte de la cabine surtout pour ne
plus le voir ni l’entendre. Nous n’étions bien sûr plus à portée VHF de
la terre. J'ai essayé d'appeler de l'aide sur le canal de détresse, mais
personne ne m'a répondu. Il semblait y avoir beaucoup de matériel radio sur ce
bateau, mais je ne sais pas utiliser ce genre d'appareils et je ne pouvais rien
en faire. J'ai cherché s'il y avait une balise de détresse, mais je n'ai
trouvé qu'un support vide. J’ai regardé sur l’ordinateur la route pour
faire demi-tour. Et nous avons remis le cap sur la Martinique. Comme le vent ne
nous permettait pas de faire route directement à la voile, nous avons mis le
moteur en marche. Je prévoyais qu’il faudrait entre trois et quatre jours
pour refaire le chemin à l’envers contre le vent. Karine n'a pas eu le cœur
de laisser Peter scotché dans sa cabine sans manger ni boire, et elle a essayé
de l'alimenter avec des soupes, ce qui lui a valu de se faire insulter et
menacer avec force.
Plusieurs fois, j'ai essayé de discuter avec
lui, de lui demander qui il était réellement et pourquoi il avait volé un
bateau. Il m'a répondu : « C'est mon bateau. C'est vous qui êtes des
pirates. Vous allez me le payer, etc. ». À ce moment-là, j'aurais dû
fouiller ses affaires, j'aurais vu qu'il était armé, mais ce n'est pas dans
mes habitudes et il était tellement violent que nous ne pensions qu'à nous en
éloigner et à rentrer en Martinique le plus vite possible. En fait, on était
tous les deux complètement paniqués et dépassés par la situation. Le
lendemain, nous avons entendu des bruits dans la cabine. J’ai ouvert la porte
et je l’ai vu juste au moment où il finissait de se libérer de ses liens et
allait se jeter sur moi. J’ai refermé la porte en tenant la poignée et en
criant à Karine de faire attention. Dans la seconde qui a suivi, il l’a
défoncée et est sorti avec un gros flingue à la main. Il a tiré un coup de
feu au plafond. Nous étions terrifiés. Ensuite, il nous a braqués. Et il a
dit un truc du genre « puisque vous aimez le scotch, vous allez en avoir ».
Puis, tout en tenant son arme près de ma tête, il m'a scotché les poignets
dans le dos ainsi qu’à Karine. On ne pouvait rien faire. Il nous a obligé à
nous allonger par terre et nous a attaché les pieds. Il est ensuite remonté
sur le pont et a remis le bateau à son ancien cap en manœuvrant n'importe
comment et en laissant les voiles bordées comme si nous étions au près. Nous
repartions vers une destination inconnue, mais probablement pas Panama. Il nous
a laissés comme ça, ligotés par terre, jusqu'au lendemain sans même nous
donner à manger ni à boire. Puis, nous avons entendu des bruits de frottement
sur le pont, des chocs. Il avait l’air de traîner quelque chose. Il est
redescendu nous voir et nous a dit : « Finalement, je n'ai plus besoin de
vous, je peux me débrouiller tout seul. C'est ici que vous descendez. ». Il a
coupé nos liens et nous a fait monter sur le pont, toujours en nous braquant
avec son arme. Là, il m'a dit : « Balance la survie » qu'il avait amenée sur
le pont au niveau du cockpit et j'ai compris qu'il voulait nous abandonner en
mer. Il me braquait de très près. J'ai soulevé le lourd container et, au lieu
de le lancer par-dessus bord, j'ai essayé de déséquilibrer Peter dans
l'espoir de le désarmer en le faisant tomber à la renverse. Ça a failli
marcher, mais malgré son handicap, il s'est vite rétabli et le seul résultat
a été que deux coups de feu sont partis en direction de la survie. Il m'a dit
: « La prochaine est pour toi et si la survie est touchée, tant pis pour
vous, vous rentrez à la nage. ». Elle s'est ouverte et nous n'avions pas
d'autre solution que de sauter dedans avant même qu'elle ait fini de se
gonfler. Il a alors coupé l’amarre et nous avons vu le bateau s’éloigner.
Nous nous sommes alors retrouvés abandonnés dans ce radeau. Les deux balles
avaient fait des dégâts importants. Le boudin supérieur était percé ainsi
que le fond en plusieurs endroits, et surtout le sac de survie laissait
s'échapper notre seule chance de salut : les réserves d'eau douce. Nous avons
essayé de sauver ce qui pouvait l'être, mais nous en avions déjà perdu
beaucoup qu'il était impossible de récupérer, car le fond se remplissait
d'eau de mer. Le portique de la tente ne tenait pas. Et le boudin supérieur
fuyait. Les conditions étaient terribles. Nous avons lu le manuel qui donne des
conseils pour utiliser les réserves de manière optimale et avons essayé de
les suivre, mais l'état du radeau diminuait nos chances. J'ai essayé de
réparer le fond avec le kit de réparation, mais il est prévu pour boucher des
fuites d'air dans les boudins, pas des déchirures dans le fond. J'essayais de
regonfler le compartiment crevé et le portique, mais les trous étaient trop
gros et aucune de mes réparations n'était efficace. Notre moral s’est vite
effondré. J’ai vu Karine s’affaiblir rapidement. Je me disais que si on ne
la secourait pas sans délai, elle allait mourir. Quand il n'y a plus eu d'eau
douce, malgré le rationnement que nous suivions, je sais qu'elle a bu de l'eau
de mer en cachette, bien que je lui ai dit de ne pas le faire. Puis elle a perdu
connaissance et, moi, je me sentais partir aussi. Je ne sais même pas combien
de temps nous sommes restés dans ce radeau. Enfin, un avion est arrivé. Il est
passé très bas plusieurs fois, ce qui m'a réveillé. Je me souviens d'avoir
juste eu la force de faire un signe. Puis l'avion s'est balancé un peu pour me
signaler qu'il m'avait vu et est reparti. Je me suis dit que quelqu'un savait
maintenant où nous étions et que peut-être un bateau ou un hélicoptère
allait venir nous chercher, mais arriverait-il à temps pour Karine ? Et puis,
vous êtes arrivés et vous nous avez sauvés tous les deux. Pendant que vous
nous rameniez, j'étais encore dans le cirage, mais je me suis quand même rendu
compte de ce que vous avez fait pour nous et des risques que vous avez pris.
C'est extraordinaire ce que vous avez fait et jamais nous ne pourrons vous
remercier assez.
— Ne t'inquiète pas, lui répond Alex,
c'est simplement la solidarité humaine. Un jour, quelqu'un te sauve la vie, un
jour, tu sauves la vie de quelqu'un d'autre. C'est comme ça que ça marche et,
si un jour ça s'arrête, tout est foutu. On te laisse te reposer. A bientôt.
Embrasse Karine pour nous, on ne va pas aller l’embêter.
— À
bientôt.
En sortant de l'hôpital, Alex téléphone à Pascale :
—
Tu ne serais pas sur ton bateau par hasard ?
— Si.
— Regarde
dans ta pharmacie si tu as une boîte de somnifères.
— Je dois en avoir
une boîte neuve, si, mais c'est pas le genre de truc qu'on utilise souvent
Hervé et moi. Si t'as un problème, je peux te dépanner.
— Non, non,
ça va. Mais justement, est-ce que tu peux regarder s'il en manque ?
—
OK, je regarde, mais là tu m'inquiètes.
Quelques instants s'écoulent et
Pascale revient :
— Eh bien, tu ne vas pas le croire, il manque un
comprimé dans la boîte.
— OK, merci, ne t'inquiète pas, c'est
normal.
— Si tu le dis.
Pour Alex, ce qui est vérifiable doit
être vérifié, le reste n’est qu’hypothèse.
— Ensuite, où est la
balise de détresse de ton bateau ?
— Elle est à l'appartement, Hervé
a fait changer la pile et ne l'a pas encore réinstallée. Ça va pour
Meldreg ?
— Oui, ça va mieux. Il nous a raconté son histoire. On en
sait un peu plus maintenant. C'est enregistré, je vous ferai écouter.