Chapitre 21
Le téléphone d’Alex sonne. C’est
Murielle.
— Bonjour Alex, il y a quelque chose qui m’inquiète.
— Allons bon, qu’est-ce qu’il t’arrive ?
— Eh bien, je viens
de recevoir un appel du commandant Bernico. Il voudrait te rencontrer et, comme
il me demande à moi de te présenter alors qu'il sait parfaitement où te
trouver, je pense qu'il veut nous voir tous les deux et ça m'inquiète quand
même un peu.
— Ne te fais pas de soucis, on n’a rien à se reprocher.
Invite-le donc à prendre le café à bord du Sirius pour qu’il ne soit pas
dans son élément et viens avec Patrick pour qu’il se sente tout petit. Pour
le reste, je m’en occupe.
Alex n’a jamais bien aimé les douaniers. Il
reconnaît le rôle de la police et de la gendarmerie pour la sécurité des
biens et des personnes, selon la formule consacrée. Les affaires maritimes
permettent, par l’application de règles précises, de naviguer le long des
côtes dans des conditions acceptables de sécurité. Mais la douane ?
Vers quatorze heures l’équipe au complet attend le commandant Bernico de
pied ferme. Lilly est chez Charlotte. Nina a préparé le thé et le café avec
des petits gâteaux et des chocolats. Le vieux rhum est là pour ceux qui s’y
connaissent et ne sont pas en service.
Il arrive en civil sans colt à la
ceinture, ce qui est déjà de bonne augure et permettra de servir le rhum. Alex
l’invite à monter à bord, ce que l’officier arrive à faire sans rater la
passerelle sous le regard inquiet des huit camarades. Il lui tend une main que
le commandant Bernico serre de la poigne ferme et énergique de celui qui veut
qu’on pense qu’il a une poigne ferme et énergique. Alex lui présente ses
amis. En arrivant à Nina, il dit avec un grand sourire idiot :
— On
m’avait parlé d’une belle personne, mais je ne m’attendais pas...
Il espère peut-être qu’elle se mette à glousser quelques niaiseries
devant son charme irrésistible, mais n’obtient comme seul résultat qu’elle
tourne les talons pour aller chercher le café à la cuisine. La question qui
reste en suspens est : qui lui a parlé d’une belle personne ?
Arrivé à Patrick, Alex pense dans sa tête
:
— Vas-y Patrick, écrase-lui les phalanges.
Les neuf personnes
prennent place autour de la table du cockpit, qui est maintenant bien plein.
— Alors voilà le fameux Sirius. Pas mal.
Comme s’il ne le
connaissait pas déjà, pense Alex, depuis le temps qu’il le surveille. Des
banalités sont échangées pendant un quart d’heure, et il passe enfin aux
choses sérieuses.
— Monsieur Alex Delors, je suis content de vous
rencontrer aujourd’hui dans une ambiance calme et détendue, mais je voulais
vous dire une chose. Il est tout à fait permis de chercher des trésors, mais
il y a des réglementations, d'ailleurs variables selon le pays où est faite la
découverte, sur ce que l'on peut faire ou ne pas faire avec quand on les
trouve.
— J’en prends bonne note, répond Alex sans plus entrer dans
les détails.
— Quant à vous, mademoiselle Loubier, sachez que
lorsqu’on dit « officiellement il ne s’est rien passé », c’est
qu’il ne s’est rien passé.
La tête de Murielle descend d’un cran
entre ses épaules, car elle comprend très bien à quoi il fait allusion, et
c’est Alex qui vole à son secours et lui répond.
— Monsieur Bernico,
je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous. « Officiellement il ne
s’est rien passé » ne signifie pas qu’il ne se soit rien passé. Ce
serait même plutôt une suspicion qu’il se soit passé quelque chose, mais
que ça n’est pas officiel. Dès lors, à partir du moment où un événement
ne s’est officiellement pas produit, comment pourrait-il être officiellement
confidentiel ? Et si cet événement ne s’est à ce point pas produit, de
quoi parlons-nous ? Comment pourriez-vous officiellement reprocher à
quelqu’un d’avoir parlé de quelque chose qui ne s’est pas produit
puisqu’il ne s’est rien passé ?
— Bien.
Sur ce, le commandant Bernico encaisse le coup
et prend congé, en remerciant bien Nina pour le café et le rhum. Visiblement,
aujourd’hui, elle a fait une touche dans la douane.
Alors que le
commandant arrive de l’autre côté de la passerelle et qu’il est en
sécurité, Alex l’appelle :
— Monsieur !
— Oui ?
—
Merci pour Karine, sans votre intervention, ça aurait été compliqué.
— Pas de quoi. Félicitations pour le sauvetage.
Et voilà le
travail.
— Bravo Alex, dit Nina à voix basse.
— De toute façon,
précise Murielle, je ne crois pas qu’il puisse t’embêter bien longtemps.
J’ai cru comprendre qu’il était muté à Dunkerque. Il va aller patrouiller
dans la Manche.
— Oh, moche !