Chapitre 20
Il est huit heures et le commissaire Lebeau
appelle Hervé pour lui annoncer que son bateau va lui être restitué à dix
heures précises, pensant peut-être qu’il va venir à la nage puisque
l’annexe est elle aussi saisie et amarrée sur le pont. Comment la police
aurait-elle pu le retrouver ? À l’heure dite, Hervé, Pascale, Nina et Alex
arrivent avec l’annexe du Sirius. Les scotchs jaunes ont disparu, car on ne
plaisante pas avec cela. Ils montent à bord et la première chose qu’ils
remarquent est l’état de crasse dans lequel se trouve le pont. Après tout,
un homme en uniforme n’a peut-être pas le droit de quitter ses chaussures
quand il monte sur un bateau ? Deux policiers sont à bord. Ils leur restituent
les clés et se sauvent sur leur gros zodiac avant que l’on puisse leur
reprocher l’état dans lequel ils ont mis l’Ombre Blanche. Cela n’est pas
tout à fait le même champ de bataille que dans le Sirius à son arrivée, mais
on y décèle quand même une ressemblance. Rien de ce qui a été ouvert n’a
été refermé. Les coussins sont sens dessus dessous. Ils ont fouillé partout
jusque dans le moindre recoin, persuadés sans doute que ce bateau transportait
quelque chose. Ont-ils trouvé ce qu’ils cherchaient ? C’est peu probable,
car Hervé, Pascale et Dom avaient déjà fouillé le bateau en mer. Dom et Béa
arrivent avec leur annexe et amènent Patrick. À leur, tour ils découvrent le
chantier avec stupéfaction.
Bonjour la police, dit Béa.
C’est Nina
qui attaque en disant :
— Bon, qu’est-ce qu’on fait, on s’y met ou
on attend d’être complètement déprimés ?
Et tout le monde s’y
met. Le vaigrage du carré pend lamentablement. De toute façon, il faudra le
changer et en plus, il faudra réparer le polyester car la balle a fait un gros
trou que les policiers ont encore agrandi pour l'extraire. Il faudra aussi
changer la porte de la cabine. Dom et Patrick démontent ces boiseries. Hervé a
déjà commandé au chantier breton qui a construit le bateau un génois neuf,
une transmission complète pour le moteur, le vaigrage du carré, une porte pour
la cabine et l’échelle de coupée qui a disparu. Une nouvelle survie a été
livrée, qui attend dans son appartement de rejoindre sa place sur le rouf à
l’arrière du mât d’artimon. En attendant, le bateau est rangé, nettoyé,
vérifié. Pascale a brossé le pont pendant des heures. Dom, comme à son
habitude, hissé par Patrick, a fait l’acrobate sur les deux mâts pour
vérifier le gréement et s’assurer que l’enrouleur du génois n’a pas
souffert. Tant qu’il n’a pas besoin de forcer sur son bras gauche, il est
aussi efficace dans les airs que sous l’eau et il connaît très bien les
gréements. Puis le bateau est remorqué jusqu’au chantier, encore une fois,
par un des bateaux de son école de plongée. Tous les amis sont là pour aider
à la manœuvre. Alex lui dit qu’il pourrait modifier sa raison sociale et
rajouter remorquage en tous genres.
Le bateau est sorti de l’eau et un
spécialiste vient s’occuper de la transmission. C’est un gros travail mené
de main de maître par quelqu’un qui connaît parfaitement son sujet. Il dit
qu’il a déjà vu des transmissions cassées, mais pas à ce point. Il demande
à Hervé comment il en est arrivé là, et celui-ci est bien obligé de lui
raconter l’histoire et de lui dire qu’il n’était pas à bord quand cela
s’est produit. Le mécanicien émet alors l’hypothèse que quelqu’un
aurait essayé de débloquer l’hélice à grands coups de marche avant marche
arrière jusqu’à ce que ça casse, et heureusement que ça a cassé de cette
manière, car il aurait pu en plus provoquer une voie d’eau. Cela l’incite
à vérifier aussi d’autres parties du moteur qui auraient pu souffrir du
traitement infligé. Heureusement, tout va bien et après une nouvelle peinture
anti-fouling, l’Ombre Blanche rejoint son élément et sa bouée par ses
propres moyens.
Alex est à bord et, pendant le retour du bateau vers sa
place, Hervé lui dit :
— Ça y est. Cette fois, il est vraiment
sauvé. Merci encore.
Alex est le plus heureux des hommes. Il pense à
Raymond et se dit que lui aussi aurait été content.