Chapitre 36
Chapitre 35
Pendant le voyage vers
l’îlot Orquilla, l’équipage a le temps de penser à tout ce dont ils vont
avoir besoin. Le but est d’essayer de déplacer la partie avant du Bertram
couchée sur un côté pour voir dessous. Arrivé au mouillage, il va falloir
embarquer à quatre dans le zodiac avec tout le matériel. Pour la première
fois, il n’est pas si grand. Les trois plongeurs sont équipés et se marchent
un peu sur les palmes. Une aussière de quarante mètres, différents cordages,
un bloc de douze litres avec un narguilé et deux ballons de levage tout neufs
pliés, plus Alex qui pilote. Une fois le zodiac à son mouillage, un bout de
l’aussière de quarante mètres est descendu. Dom et Béa plongent pour
l’attacher solidement à un taquet d’amarrage du bateau situé sur le bord
où il est couché puis remontent. Ils n’ont besoin de faire un palier que
s’ils restent plus de quinze minutes à cette profondeur. Alex récupère le
mou et amarre l’aussière à un anneau du zodiac avec un nœud gansé pouvant
être largué facilement. Il passe à Béa un ballon qui pour l’instant ne
ressemble pas du tout à un ballon mais à un simple sac sur lequel est indiqué
cinq cents kilos. Dom, Béa et Patrick redescendent de sept mètres le long de
la corde. Patrick tient le bout du narguilé. Dom installe une boucle à
l’aussière à l’aide d’une bonne dizaine de demi-clés bien serrées et y
accroche le mousqueton du ballon. Patrick insuffle un petit peu d’air dans le
ballon juste pour le déplier. Dom et Béa redescendent. Béa s’arrête à une
profondeur d’où elle voit Patrick bien nettement. Dom continue sans avoir
besoin d’aller jusqu’au fond. Il voit très bien l’étrave du bateau et
fait signe à Béa de lever. Elle transmet à Patrick qui commence à gonfler le
ballon avec le narguilé. Il monte un peu. Dom voit le morceau de bateau se
redresser. Il se dit que finalement, il n’est peut-être pas si lourd. Le
ballon est maintenant totalement gonflé et l’air que Patrick continue
d’envoyer, déborde par le dessous et s’échappe en grosses bulles. La
partie de bateau n’a pas décollé du fond par contre le fait de l’avoir
levé par un bord fait que maintenant il penche de l’autre côté. Dom fait
signe à Béa de poser la charge. Elle a tout de suite compris et transmet à
Patrick en même temps qu’elle prend la corde à deux mains et palme pour
aider l’étrave à se poser de l’autre bord. Dom fait de même à sa
profondeur. Patrick ouvre le clapet du ballon et l’étrave se pose dans un
nuage de sable. Elle a basculé. Dès que le sable en suspension s’est
dissipé, Dom que Béa a rejoint, descend en espérant trouver la caisse. Et
elle n’est pas là ! Nouvel échec qu’il va falloir annoncer aux autres.
Patrick qui n’a pas pu résister, arrive. Il regarde bien pour s’assurer que
Dom et Béa n’ont rien manqué. Mais non. Et comme il a sa GoPro sur la tête,
il la met en route et fait le tour du morceau de bateau maintenant posé sur
l’autre bord. Patrick pense à détacher l’aussière du taquet d’amarrage
et ils remontent tous les trois. Comme Dom est resté au fond plus longtemps en
s’agitant, il veut marquer un petit palier à trois mètres ce qu’ils font
ensemble. La nécessité d’un palier ne dépend pas seulement de la durée et
de la profondeur de la plongée mais aussi de la quantité d’air respiré et
donc de l’effort produit au fond. Dom sait parfaitement gérer cela. En
sortant de l’eau tous les trois ensemble, la tête interrogative d’Alex les
aurait presque fait rire s’ils n’avaient pas été contraints de le
décevoir d’un simple signe. Retour au bateau sans qu’il soit nécessaire
d’annoncer le fiasco. Nina et Murielle ont compris et encore une fois le
Sirius rentre à South Bay bredouille accompagné de la douce musique du
compresseur. Heureusement que le Sirius est seul dans la région. Dans des zones
fréquentées à la fois par des navigateurs de surface et des plongeurs
sous-marins, ceux-ci sont la hantise des bateaux au mouillage. Alex a le
souvenir d’une soirée au Frioul où tout le monde s’apprêtait à sortir
l’apéritif quand trois bateaux de plongée sont rentrés en même temps
compresseur en marche et ont fini de gonfler leurs blocs sous la huée de toute
la communauté. Il y a des heures pour les bouteilles de plongée, d’autres
pour les bouteilles de pastis et ça se respecte.
— On se rapproche des difficultés
maximales, prévient Alex sans cacher son inquiétude. Demain on peut essayer de
déplacer la partie arrière du bateau avec les deux ballons mais je ne suis pas
sûr que ce soit possible. En supposant qu’on y arrive et que cette satanée
caisse ne soit toujours pas là, on rentre dans le dur. Il ne restera que le
dessous du fond du bateau sous les moteurs et je vous signale que comme cette
partie est celle qui recouvre le plus de surface, c’est là qu’il y a le
plus de chance qu’elle soit.
— Alex tu es trop optimiste,
l’interrompt Murielle, ça te jouera des tours.
— Et bien s’il faut,
on démontera les moteurs, reprend Dom.
— Ben voyons, quand on voit le
pataquès que c’est de démonter un moteur sur un bateau au sec. C’est
sûrement plus facile par vingt-cinq mètres de profondeur. On sera encore là
à Noël et je vous signale, les enfants, que pendant qu’on bricole, les
réserves baissent et la ligne de flottaison remonte. Enfin j’espère que
demain on conclut.
Alex appelle Raymond et lui raconte la journée.
-J’espère que vous allez trouver vite.
Il est visiblement inquiet
depuis qu’il est au courant de cette photo dans le téléphone. Alex ne veut
pas s’occuper de cela pour l’instant, peut-être par peur d’y trouver
d’autres choses inquiétantes. Nina a détaché les quelques pages utilisées
du carnet et les a faites sécher. Elles attendent dans une pochette. Il n’y a
sans doute aucune inquiétude à avoir. Sur une des pages, elle a vu une
position avec une date et une heure. Elle pense que c’est justement le
rendez-vous qu’avait le bateau de pêche avec son contact en mer. Elle a
regardé sur la carte, ça semble cohérent. En quoi ce rendez-vous manqué
pourrait-il poser un problème ?