Chapitre 32
Chapitre 32
Après les vérifications
d’usage, Alex s’apprête à faire démarrer le moteur quand Nina lui dit
qu’elle entend du bruit.
— Par où ?
Elle lui montre
l’ouest.
— Ce n’est pas un avion et ça s’approche lentement.
Effectivement même ceux qui n’entendent pas aussi bien qu’elle, finissent
par percevoir le bourdonnement d’un bateau qui approche, grossit, grossit,
puis apparaît. Le bruit n’est rien de moins que celui d’un bâtiment
militaire monumental qui approche majestueusement en longeant la côte sud de
près.
Une patouille ? Une attaque ? La guerre ? On retient son
souffle. Un bateau de cette taille n’est certainement pas un pirate imitant un
bateau officiel ce qui est plutôt rassurant.
Le moteur du bâtiment
ralentit.
— On dirait que ça va être notre fête, dit Béa.
—
Pourquoi ? répond Alex. On n'a rien à se reprocher, on est là depuis trois
jours. On arrive de Martinique. C’est tout.
Un zodiac est mis à l’eau.
Le même que celui du Sirius mais en vert foncé et quatre fois plus grand.
Dom qui ne peut pas s’empêcher de plaisanter dit :
— Gendarmerie
nationale, veuillez couper le contact et présenter les papiers du véhicule.
L’embarcation approche avec trois personnes à bord. Fait rassurant aucun
fusil en vue.
— C’est probablement une simple patrouille qui fait le
tour des îles, dit Alex en essayant de se rassurer lui-même. Patrick va nous
faire une démonstration de son espagnol avec calme et diplomatie.
— Ne
t’inquiète pas.
Il accoste le Sirius. Murielle et Béa vont les amarrer
avec le sourire et leur installe l’échelle de coupée. Un seul homme monte ce
qui tend à montrer qu’il s’agit d’une visite courtoise.
— Hola, como estas ?
— Hola, muy
bien, gracias.
La conversation s’engage plutôt bien.
(En espagnol
dans le texte) :
— D’où venez-vous ?
— De Martinique.
— Il y a longtemps que vous êtes là ?
— Trois jours.
—
Avez-vous fait les formalités d’entrée ?
— Non pas encore. On n’a
vu personne. On pensait les faire ici à la base militaire.
— Ici ? Non.
Il y a longtemps qu’il n’y a plus personne dans cette base. En fait elle
n’a jamais servi.
— Vous êtes ici pour le tourisme, vous faites de la
plongée ?
Vu l’attirail sur le bateau, Patrick arrange un peu :
— Je travaille pour Géo. Je participe à une grande enquête sur tous les
pays du monde qui ont su préserver les coraux et qui va mettre à l’honneur
ceux qui participent à cette protection. Les îles du Venezuela sont
exemplaires à ce niveau et devraient servir de modèle à beaucoup d’autres
pays. C’est ce que je voudrais essayer de démontrer. Attendez. Deux
secondes.
Patrick descend dans le bateau. Tous le regardent faire sans
vraiment comprendre, puis il revient avec sa carte de presse qu’il présente
au militaire. Celui-ci semble apprécier. Tout cela lui fait plutôt plaisir, il
se sent honoré mais demande quand même :
— Pourrais-je voir vos
passeports ?
Alex descend dans le carré et ressort avec la pile de
passeports qui étaient rassemblés dans un tiroir justement pour ce genre de
visite et, comprenant un peu ce qu’il est en train de raconter à leur
visiteur, il a mis celui de Patrick sur le dessus de la pile. En effet les gens
qui voyagent beaucoup, comme les journalistes, peuvent obtenir un document de
type « grand voyageur » qui a simplement seize pages supplémentaires pour
les visas. Et comme malgré cela, il est presque plein, le militaire va se faire
un grand voyage dans sa tête en regardant attentivement toutes les pages du
précieux document et en admirant tous ces magnifiques tampons, dont certains de
son pays, qui ornent ce qu’il prend sans doute pour une œuvre d’art. Après
un tel moment de bonheur, il se dit que malheureusement, il va falloir le
rendre, jette un coup d’œil rapide aux autres qui ne présentent plus pour
lui le moindre intérêt et annonce une chose que personne n’aurait osé
espérer :
— Je vais vous faire votre clearance, comme ça vous serez
tranquilles pour réaliser votre reportage sans avoir besoin de vous rendre à
Margarita pour cela.
Un de ses collègues lui passe une serviette d’où
il tire un bloc et patiemment se met à remplir des lignes et des lignes avec
application. Il demande les papiers du bateau pour faire encore quelques lignes.
Puis tend son bloc à Patrick pour qu’il le signe car il ne connaît que lui.
Pendant ce temps Alex, qui a l’habitude de ce genre de cérémonie, descend
dans le carré et remonte avec l’objet suprême, le plus important et le seul
vraiment indispensable à bord : le tampon du bateau. Il le passe à Patrick
qui l’applique sur les cinq exemplaires du document. Notre homme est en
extase. Pour prolonger son plaisir, il sort ensuite le sien et l’applique sur
une page libre des six passeports en prenant une attention particulière sur
celui de Patrick pour qu’il soit bien droit. Enfin dans un geste majestueux,
lui tend les quatrième et cinquième pages et garde la première, la deuxième
et la troisième. Finalement, il prend congé poliment et redescend dans son
zodiac géant. Ils repartent en laissant l’équipage du Sirius bouche bée.
— On dirait que tu t’es fait un ami, dit Alex à Patrick.