Chapitre 10
Chapitre 10
Le premier lever de soleil
depuis le départ trouve Patrick à la barre et Murielle qui veille avec une
petite mine.
Alex sort la tête de la descente :
— Rien en
vue ?
— Rien, on a la paix.
Un petit coup d’œil au radar et à
l’ordinateur dont les écrans étaient en veille. Rien à l’horizon, sur le
radar. Rien dans les parages sur l’AIS. Quelques bateaux qui se trouvent vers
les côtes de Sainte-Lucie sont encore reçus. Un cargo qui se dirige vers la
Martinique. Un autre, loin vers Saint-Vincent. Le trafic maritime habituel
autour des îles. Il est donc probable que le fantôme du Sirius qui a longé la
côte de Sainte-Lucie toute la nuit soit encore reçu de là-bas grâce à
l’utilisation d’une antenne à gain située en haut du mat à la place de
l’antenne classique montée sur le portique qui porte moins loin pour les
bateaux mais peut être reçue par les satellites en cas de déclenchement
d’un signal de détresse. Alex et ses antennes… Pour l’instant il se
trouve au sud de l’île et continue sa route vers les Grenadines. Le cap et la
vitesse simulés ont été plusieurs fois modifiés pendant la nuit pour faire
plus vrai.
Alex et Nina préparent le petit déjeuner
pour l’équipage. Café au lait pour tous sauf Béa qui carbure au thé. Il y
a encore du pain de campagne pour plusieurs jours après il faudra pétrir. Pour
l’instant, le frigo est plein, c’est comme au port. Il n’y a pas de
congélateur sur le bateau, il consommerait trop d’énergie. La vie sur un
petit voilier au milieu de l’océan rappelle que l’on peut vivre heureux
sans certains luxes qui paraissent indispensables à terre en consommant moins
et en polluant encore moins. Nombre de personnes qui se disent écolos devant
leur télé, sous leur clim, les lumières allumées, l’internet illimité,
les robinets d’eau chaude à fond, branchés vingt-quatre heures sur
vingt-quatre à leur centrale nucléaire devraient venir passer une semaine en
mer sur le Sirius pour prendre du recul. Murielle fonce vers la salle de bain.
— Attention Murielle, on n'a pas un tuyau qui nous suit ! rappelle
Nina.
— Oui je sais.
Il y a bien un dessalinisateur à bord petit
par son débit mais énorme par sa consommation. S’il fallait compter sur lui
pour alimenter le bord il nécessiterait deux heures de groupe par jour et le
gasoil correspondant. Il est donc là en sécurité en cas de besoin si le
voyage devait durer plus longtemps que prévu et à condition qu’il reste du
gasoil. En attendant il faut faire durer les mille litres de réserve d’eau
par exemple en se lavant à l’eau de mer. On s’y habitue très bien, il
suffit de bien s’essuyer avec une serviette pour enlever le sel. Idem pour le
linge qu’il faut bien essorer avant de le faire sécher au vent pour en faire
partir le sel.
Le petit déjeuner préféré d’Alex est le poisson
volant, goût que Dom partage tout à fait mais pas du tout Nina. Lorsqu’on
navigue sous les tropiques et que la mer est assez agitée, on récupère
souvent quelques poissons volants malheureux qui ont apponté pendant la nuit.
Grillés à la poêle avec un peu d’huile d’olives, certains adorent
attaquer une nouvelle journée de cette manière. Beaucoup pensent que les
poissons volants ont simplement des nageoires plus grandes que les autres ce qui
leur permet de sauter plus loin. C’est faux, ils volent vraiment. Certes ils
profitent du haut d’une vague pour s’élancer mais une fois en l’air ils
utilisent réellement leurs ailes pour voler comme les oiseaux. Ils peuvent
changer de direction et même monter de plusieurs mètres au-dessus de la vague
d’où ils sont partis. Ils ne font pas cela par plaisir mais pour fuir leurs
prédateurs. Malheureusement pour eux, ils leur arrivent surtout la nuit de ne
pas voir le bateau d’Alex passer par là tous feux éteints et de finir au
petit déjeuner dans sa poêle à frire. Ce matin il n’y a pas de poisson
volant sur le pont car les côtes de Sainte-Lucie sont trop proches et cassent
la houle de l’Océan Atlantique, de plus le vent n’est pas assez fort. Dom
et Béa se lèvent.
— Bien dormi ?
— Impeccable. rien de
spécial ?
— Non, tout va bien, plus personne à nos trousses. Le café
est prêt. Le thé pour Béa aussi.
— C’est Costa Croisière ici !
Une fois le petit déjeuner pris, Alex annonce le nouveau cap compas à
suivre : deux cent quarante-cinq degrés route directe sur La Blanquilla à
deux cent dix-sept miles. Patrick ajuste un peu les voiles et va se coucher.
Nina prend la barre.