Chapitre 31
Pascale, Nina et Alex sont debout à six
heures et prennent leur petit déjeuner sur la terrasse en regardant la baie du
Marin et sa marina, qui commence déjà à s’agiter au fur et à mesure que le
soleil monte. A sept heures, ils embarquent dans la voiture de Pascale et se
rendent à l’aéroport. Lorsqu’ils arrivent, Hervé les attend et leur
explique qu’ils sont arrivés un peu plus tôt que prévu. Alex, toujours
caustique, dit :
— Ça arrive ça ?
— Oui, j’étais pressé
de te revoir.
— C’est gentil.
— On a des manettes sur la
console centrale qu’il suffit de pousser, mais on a aussi une jauge qu’il
faut surveiller. En fait, on essaie plutôt de profiter du vent, et cette nuit,
il était favorable.
Pascale, qui préfère faire la route dans le sens
où elle ramène Hervé à la maison, fait son annonce :
Bienvenue à
bord de cette Dacia Sandero pour un trajet de l’aéroport de Fort de France
Aimé Césaire vers Le Marin. Nous roulerons à une altitude proche du niveau de
la mer à une vitesse moyenne de trente kilomètres heure. Durant le trajet,
nous rencontrerons quelques bouchons. La température à l’extérieur est de
trente-deux degrés et la clim est en panne. Nous allons bientôt démarrer.
Veuillez relever votre siège et attacher votre ceinture.
Alex explique
la situation à Hervé pendant que Pascale se concentre sur la route.
Il
est assez surpris par cette hypothèse. Il a fait la même remarque que Pascale
sur le fait que la police a déjà fouillé le bateau, mais comprend bien la
logique du raisonnement.
— C’est bizarre, lui dit-il, le nombre de
fois où on souhaiterait que tu te trompes, mais ça n’arrive jamais.
— Si si, ça lui arrive, répond Nina, mais il n’en parle pas.
Finalement, ils arrivent au Marin sans encombre, mais avec un léger
retard.
Alex a sonné le rassemblement sur l’Ombre Blanche. Et
l’équipe d’amis au complet est réunie dans le grand carré de ce
magnifique voilier, dans lequel serait caché un magot.
— Bon, on pense qu’il y a une sacoche
dissimulée quelque part dans ce bateau, dit-il. Si on a une idée de ce
qu’elle contient, on ne sait pas où elle est. Elle n’est probablement pas
simplement dans un placard, car vous l’auriez déjà trouvée. On sait que les
flics non plus n’ont rien trouvé, sinon ils ne seraient pas partis sur une
gamberge de vol de bateau pour un convoyage de drogue. Comme on ne va pas tout
démonter, il faut se demander où on cacherait nous-mêmes un petit sac de
voyage. La première chose qui vient à l’idée, c’est derrière un
vaigrage, mais les traces de démontage d’un vaigrage dans la précipitation
peuvent se voir. Donc, il faut chercher un vaigrage qui soit lui-même un peu
dissimulé, par exemple au fond d’un placard ou derrière un appareil.
Ensuite, il faut qu’il y ait suffisamment de place derrière pour l’y
mettre. Avant de démonter quoi que ce soit, il faut chercher des traces de
démontage. Cherchons.
Et tout le monde cherche.
Alex connaît très
bien la table à cartes de ce bateau pour y être souvent intervenu. Il va donc
regarder derrière le panneau des instruments, qui n’est pas une bonne
cachette puisqu’il peut s’ouvrir sans outils. Dom ausculte les espaces
situés sous les hiloires où se trouvent les moteurs des gros winchs
électriques et leur câblage. Ces espaces sont prévus pour être démontables
facilement, mais l’idée n’est pas idiote dans la mesure où celui de
bâbord est directement accessible à partir de la cabine où s’était
installé Roberto Buarque alias Pierre Frelon alias Peter.
Béa se traîne
dans les recoins de la cuisine. En dessous de la cuisinière, il y a un espace.
Couchée par terre, elle sort les casseroles et autres instruments mélangés en
vrac dans ce volume, en appelant :
— J’ai peut-être une piste !
C’est la pagaille là-dedans, comme si on y avait balancé les instruments de
cuisine pêle-mêle dans la précipitation, et derrière la cuisinière, il y a
de la place.
Elle sort des casseroles, des poêles, une cocotte-minute,
etc., et les passe à Hervé en disant.
— Il y a un panneau au fond qui
doit communiquer avec l’espace derrière la cuisinière.
On l’entend
taper pour vérifier si ça sonne creux.
— Passez-moi une lampe.
Hervé lui tend son téléphone avec la torche allumée.
— Oui, ça a
été démonté ici, s’esclaffe-t-elle. Il y a même des vis qui ne sont pas
complètement resserrées. Passez-moi un tournevis cruciforme.
Pascale
trouve l’outil et lui tend. On l’entend s’affairer au fond de son trou en
souffrant.
— Chaque fois que tu as besoin d’une casserole, tu vas la
chercher là-dedans ? demande Dom à Pascale.
— Bien sûr que non. Ici,
il n’y a que quelques trucs qui ne servent jamais. Les casseroles courantes,
elles sont à côté, là.
Dom ouvre le placard que lui montre Pascale et
ne voit que quelques casseroles empilées et des ustensiles de cuisine.
—
On a déplacé des casseroles. Qui a déplacé mes casseroles ?
—
Roberto Buarque, ou la police. En tout cas, ce n’est pas moi, lui répond
Hervé. En fait, on est loin d’avoir fini de faire le ménage dans le bateau.
On va sans doute avoir encore quelques surprises.
Béa a fini d’extraire
les vis et sort de son trou avec un panneau de contreplaqué qu’elle pose à
côté d’elle, puis y retourne.
— Je l’ai ! Il est là,
l’entend-on crier ! Il est coincé là au fond !
Le sac a été poussé
vers le haut dans l’intervalle situé entre la cuisinière et la coque, en
passant par le fond de cet espace. On entend Béa batailler pour essayer de le
faire descendre et tourner pour pouvoir le tirer vers elle. Au bout de quelques
minutes, pendant lesquelles ses sept amis restés dehors voudraient être dans
le trou avec elle, elle s’extrait enfin de là-dessous avec un joli sac en
cuir souple marron. Patrick reconnaît tout de suite celui qu’il a vu sur les
vidéos de la caméra de surveillance de l’aéroport d’Itaituba.
Le sac
est transporté sur la table du carré avec beaucoup de précautions, comme
s’il risquait d’exploser, même s’il est évident que si c’était le
cas, ils seraient déjà au courant. La fermeture éclair est fermée avec un
cadenas, objet totalement dérisoire qui n’a jamais empêché d’ouvrir un
sac. Hervé tend une grosse pince coupante à Patrick, qui d’un seul coup le
décapite et dit à Béa :
— Vas-y.
La tension est palpable et rappelle à ceux
qui y étaient une soirée sur le Sirius, dans un mouillage de la Blanquilla, il
y a quelques années.
Béa fait glisser la fermeture éclair et, bien
qu’ils aient été préparés par les recherches de Patrick, ce qui apparaît
les laisse sans voix. Le sac est plein de liasses de billets de cent dollars,
bien rangées dans des petits sachets zip, sans doute pour les protéger d’une
éventuelle immersion. Comme si leur découverte n’était pas assez évidente,
Béa ouvre un des sachets afin d’en toucher un pour de vrai. Il passe de main
en main dans un silence complet. Elle en prend un deuxième, au cas où. Mais
non, il n’y a pas de doute, ils doivent se rendre à l’évidence. Une
véritable fortune se trouve étalée sur la table du carré de l’Ombre
Blanche.
Pascale rompt le silence en demandant combien il y en a.
—
Je ne sais pas, dit Béa, mais je n’en ai jamais vu autant.
— C’est
une véritable fortune, répond Alex.
— Dommage que ça ne soit pas des
Euros, remarque Hervé. Ça ne va pas être facile à changer.
— Et
qu’est-ce qu’on va en faire ? demande Pascale.
— Pour commencer,
répond Alex, on pourrait boire un coup à la santé du commissaire Lebeau, le
flic le plus doué de sa génération.
Puis Nina soulève un
problème :
— C’est quand même de l’argent sale.
— Il ne
sent rien, répond Alex. Ensuite, cet argent a failli coûter la vie à Karine
et Meldreg. Un petit coup de pouce pourrait les aider à commencer dans leur
carrière. Ce serait un juste retour des choses. Et dans l’immédiat, avec le
système d’alarme dont est équipé ce bateau, il est plus en sécurité ici
que dans une banque.
— J’ai pas fini de flipper, dit Pascale.
FIN